Chrysalism Partie 1 : Ad Astra...
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Le rouge n’était définitivement pas sa couleur préférée. Il y en avait maintenant beaucoup trop dans la pièce, quel gâchis. 2432 se leva et marcha à travers les reflets carmin vers la boîte qu’il avait abandonné dans un coin. Se courbant vers l’avant il ouvrit délicatement la petite boite métallique, il devait être bien prudent car celle-ci ne lui appartenait pas vraiment. Le bord de ses doigts retraça les coins de la boîte, elle était froide et brillante. 2432 ne pouvait pas s’empêcher de la trouver jolie, si tant est qu’il ait bien compris ce que ça voulait dire.

1105 elle, ne bougeait pas. Elle regardait 2432 se balader dans la pièce, elle aimait le calme et le silence. 2432 n’était pas silencieux aujourd’hui à cause de la petite boite qu’on lui avait offert. Elle aussi aurait aimé recevoir quelque chose, un sentiment qu’elle avait du mal à replacer serrait un peu son coeur. Elle aimait bien le rouge, elle trouvait ça très joli. 1105 ne comprenait pas pourquoi c’était lui qui avait eu ce cadeau, elle était plus intelligente que lui. Ce n’était pas son idée, c’était ce que les autres lui avaient dit, quand les autres disaient quelque chose ils avaient toujours raison. Toujours.

Enfin, 2432 trouva ce qu’il cherchait : du bleu.

Les crayons bleus lui avaient toujours paru bien plus beaux que les rouges. Il était presque sûr de savoir ce que ça voulait dire. S’asseyant à ce qu’il s'imaginait être le milieu de ce qu’il avait recouvert de pigments rouges, il commença son “oeuvre”. Il l’avait entendu une fois mais n’était pas sûr du tout de ce que ça voulait dire.

1105 elle, ne bougeait presque pas, se contentant de promener sa queue sur le sol. Elle aimait le calme le silence et de bruit que faisait le bout de sa queue heurtant des choses. Il se propageait dans toute la salle et revenait dans ses oreilles juste après, elle aimait bien. Elle prenait soin de sa queue, ne la laissait jamais traîner au sol quand elle marchait et la coiffait régulièrement quand le peu de fourrure dessus s'emmêlait Le frottement métallique de son appendice la calmait un peu lorsque l’envie de plaquer 2432 au sol pour lui dire de se taire était un peu trop forte. Elle ne voulait pas le blesser, elle l’aimait bien dans le fond.

2432 lui se concentrait autant qu’il le pouvait, sur ses genoux entièrement recourbé vers l’avant, les bras couverts de colorant rouge. Il se mordait un peu la lèvre sans pour autant laisser son épaisse rangée de canines le blesser. Il n’était pas très intelligent d’après les autres, et les autres avaient toujours raison. Toujours. Néanmoins il n’était pas idiot au point de se blesser en se mordant la lèvre tout seul. Son visage au plus près du sol pour voir ce qu’il faisait, il relevait de temps en temps les yeux vers 1105. Il voulait que le résultat soit le plus satisfaisant possible, pour les autres comme pour 1105. Si son résultat était suffisamment bon peut être qu’elle serait plus encline à le laisser faire du bruit. Les autres pouvaient dire ce qu’ils voulaient, lui se trouvait très intelligent.

Non, les autres avaient toujours raison. Alors ce n’était pas possible.

Mais il savait au moins ce qu’il faisait et aimait bien. C’était même assez joli. 1105 n’avait toujours pas bougé depuis qu’il avait commencé à appliquer le bleu sur le sol, elle ne bougeait pas beaucoup en ce moment. En fait, elle ne bougeait pas vraiment en général. Mais 2432 était heureux, ou quelque chose comme ça, il avait réussi ce qu’il voulait et c’était plutôt ressemblant : il avait dessiné 1105. Ses jambes repliées contre sa poitrine plate, ses cheveux noirs presque ras, ses oreilles pointues, ses grands yeux perdus dans le vide et sa longue queue au bout de laquelle une lame brillait légèrement sous la lumière halogène. Remarquant qu’elle était observée elle déplia ses petites jambes et s’étira autant qu’elle le pouvait, un frisson douloureux traversa son dos. Elle ne remuait tellement pas que son corps s’engourdissait. Tremblant un peu, à cause de la faim, elle se dirigea vers 2432.

Derrière eux, la porte s’ouvrit.

2432 se retourna au son et vit un des autres entrer dans la salle, c’était inhabituel. Généralement ils voyaient les autres à travers les vitres, ils ne rentraient qui si c’était très très important. Alors quelque chose avait dû avoir lieu. Il se dirigea doucement vers le mur. L’autre qui était entrée ressemblait un peu à 1105, elle était grande, un corps mince, mais elle avait de longs cheveux noirs . En soi, 2432 se moquait bien de ce à quoi elle pouvait ressembler, ce qui l'intéressait c’était ce qu’elle faisait dans la pièce. Cherchant une réponse il se tourna vers 1105.

1105 ?

Où était-elle passé ?

2432 se sentit mal à l’aise, où était passée sa compagne de salle ? Ils avaient toujours été ensemble alors elle n’aurait pas pu disparaitre comme ça ! Son regard balaya l’endroit le plus vite possible et il remarqua le détail qui expliquait où 1105 était partie.

La porte était ouverte.

Aussi silencieusement que possible il se dirigea vers l’ouverture d’où il voyait un peu de lumière, l’autre était trop occupée à regarder ce qu’il avait fait avec le bleu. Sans faire le moindre bruit il sortit de la pièce et vit 1105 debout, sur ses deux jambes, son pyjama mal mis, le visage tourné vers le plafond. Elle avait l’air de chercher quelque chose. marchant sur la pointe de ses pieds il posa lentement sa main sur son épaule, presque machinalement elle tourna la tête vers lui. Leur regards se croisèrent. Une seule pensée traversa leurs deux esprits, comme un éclair soudain qui les reliait : ils devaient fuir. Ils ne savaient pas vraiment où mais ils devaient fuir, si ce couloir existait alors il existait sûrement tout un monde autre, à l'extérieur des murs aseptisés. Sans avoir besoin de le formuler de quelque manière que ce soit ils partirent en quête qu’une échappatoire, essayant chaque bouton, chaque petit morceau de métal. Tapant contre les murs et les portes.

Soudain, un bruit déchira le silence : un cri.

L’autre avait crié.

Elle venait surement de réaliser qu’ils étaient sortis. Ce qui avait des raisons de l’effrayer. 1105 en entendant le cri fut prise d’un violent sursaut, ce saut suffit à la lame dans sa queue pour venir se planter dans le panneau lumineux au mur. L’autre fit irruption dans le couloir. Une porte s’ouvrit. Dans un élan d’intelligence 2432 pris la main de 1105 et la tira à travers la porte, l’autre ne les ratrapperai pas. Du moins il l’espérait. Il n’avait pas la moindre idée de l’endroit où ils se trouvait, il espérait juste qu’il allait trouver un moyen de sortir.

Sortir ?

Il n’était même pas sûr qu’il y avait un “ailleurs” alors pourquoi est ce qu’ils courraient ? 2432 accéléra, il entendait des pas derrière lui. L’autre avait dû ramener d'autres autres. Tous les sons autour de lui se faisaient de plus en plus fort, la lumière de plus en plus rouge. Tout était bruyant, les cris des autres, la peur de 1105, ses propres pensées. Tout allait trop vite, trop fort. Il ne savait plus d’où il venait, il tournait aléatoirement essayant de toujours s’éloigner au maximum du bruit ambiant. Le son froid des bottes rivetées qui claquaient le sol en rythme, les cris paniqués, les ordres hurlés. La main de 1105 serra la sienne un peu plus fort, il sentait presque son coeur battre contre sa peau.

Ses pieds nus heurtant le sol froid lui faisaient mal, son sang battait dans ses tempes, contre les parois de sa tête. Son cerveau ne marchait plus que par ordres brusques.

Sortir.

Sortir !

Son coeur cognait contre sa poitrine, les bottes claquaient sur le sol, 1105 se rapprochait le plus possible de lui.

Sentant son souffle devenir plus court il se laissa tomber assis, dos au mur. Il savait que c’était dangereux, pour lui comme pour elle. Il respirait fort, sa vue se brouillait légèrement. 1105 se baissa vers lui et le regarda dans les yeux. Ils avaient les même yeux c’est vrai. Grands, légèrement en amande mais surtout intensément bleus. Clairs, presque cristallins.

Définitivement il préférait le bleu.

Sa respiration devenue plus stable il reprit doucement la main de 1105 et replaçant d’une main la longue robe blanc sale qui lui servait d’unique vêtement, se releva. Les pas et les cris étaient toujours là. Lointains mais toujours puissants dans ses oreilles comme une menace pensante.

Quelque chose de plus fort résonna au dessus du chaos.

“Alerte de niveau delta, resserrez les rangs. Aucun spécimen ne doit s’échapper. Les spécimens 1105 et 2432 ne doivent en aucun cas être abattus !”

Abattus ? Il n’avait pas la moindre idée de ce que ça voulait dire mais il savait juste qu’il ne devait surtout pas rester là. Serrant les doigts de 1105 entre les siens il reprit sa course. Ses chevilles le tiraillait comme si elles s'apprêtaient à se dérober sous ses pas à chaque instant. Mais heureusement pour eux l’instinct était bien plus fort. Son corps entiers était secoué de frissons et de spasmes, il n'était même pas certains que les bruits s'éloignaient. Il se contentait de courir, de traîner 1105 et de partir vers ailleurs.

Quelque chose battait sur les bords de son crâne, ses tempes semblaient au bord de l’explosion. Des milliers de portes semblaient s’ouvrir partout dans le lieu, des milliers de voix, de cris, d'émotions s’échappaient dans l’air comme un torrent.

Quelque chose résonna au dessus du reste :

“Alerte de niveau . Sécurité compromise ! Abandonnez la base ! Si possible abattez tous les spécimens sur votre chemin, prévenez le commande- “

La voix ne finit jamais sa phrase, un long cri strident s’échappa des haut parleurs. Long, glaçant. Des hurlements animaux résonnaient en fond. 2432 et 1105 sentirent un long frisson dévaler leur dos et un profond malaise leur retourner l’estomac.
Un bruit fort résonna dans le corridor. Quelque chose de sec et violent.

Une partie du couloir devant eux se retrouva totalement enfumée. L'épais voile de poussière le fit violemment tousser et quelques gravats volaient vers eux. Le mur avait explosé.
Dans l’épais nuage se tenait une silhouette, elle semblait plus petite qu’eux. Deux points lumineux étaient concentrés dans les paumes de l’inconnue, elle portait la même robe blanche qu’eux mais n’avait ni une queue comme 1105, ni deux cornes comme 2324. Elle se tenait juste là, au milieu du couloir, les mains illuminées.

Derrière eux 2432 entendit des pas, les autres les avaient retrouvés.

“- On est foutus ! 6566 s’est échappée ! On est foutus les gars !””

L’autre qui avait crié tremblait. 2432 n’avait jamais vu quelqu’un trembler autant. 6566 ? C’était comme ça que la silhouette s’appellait ? Il tourna de nouveau la tête vers le nuage.

Elle avait disparu.

6566 avait fui.

Les autres partirent immédiatement à sa poursuite sans se concentrer sur 1105 et 2432, ils tournèrent au bout du couloir et disparurent de la vue de 2432. Toujours sous le choc il ne sentit pas 1105 lâcher sa main et se diriger vers le trou dans le mur.

Prudemment elle évita la plupart des débris et se plaça devant l’ouverture. 6566 n’y était pas allé de main morte : sur plusieurs dizaine de mètres les murs étaient percés et certains débris étaient couverts de sang. Sans un bruit elle entra dans le mur et sauta dans la pièce derrière. Une odeur métallique l’assaillit, elle passa doucement sa langue sur ses lèvres. Cette odeur lui plaisait. Lentement elle avança jusqu’a la salle suivante, 2432 la suivait à la trace. Guidée par l’odeur, elle continua à marcher parmis les morceaux de béton et de métal qui recouvraient le sol. Un son attira son attention, quelque chose qu’elle avait déjà entendu 2432 faire. Elle ne comprenait pas trop ce qui causait le son mais elle s’en approcha quand même.

Une petite créature était assise dans un coin de la troisième salle, ses jambes ramenées contre sa poitrine. Elle ne semblait ni être un autre, ni être comme 2432 et elle. La créature ressemblait à un humain normal. Sans blouse blanche, sans cornes, sans queue. La petite humaine donc, était assise contre un mur ses jambes ramenées contre elle, de là où se tenait 1105 elle avait l’air minuscule.

Le bruit continuait.

Comment les autres appellaient ça déjà ?

Pleurer.

La petite humaine pleurait.

Quelque chose en 1105 la dirigea vers l’enfant et tendant le bras devant elle, elle déposa une main sur le crâne de la petite fille. L’enfant leva les yeux vers elle, clignant plusieurs fois des yeux. 1105 sentit une sensation étrange en voyant les yeux de la petite fille. L’enfant ne la regardait pas, du tout. Elle avait l’air de regarder dans le vide comme si…

Elle ne la voyait pas.

“- Qui est la ?”

La petite voix résonna dans les oreilles de 1105, qui était-elle ? Bonne question. Elle se tourna vers 2432 et réfléchit quelques secondes. Si lui était 2432 alors elle était 1105, logique.

“-1105.”

La petite baissa un peu la tête de nouveau, elle avait l’air de réfléchir.

“-Moi c’est 8968.”

La petite fille s'appelait donc 8968, noté. Elle avait l’air de ne plus pleurer même si elle respirait toujours un peu étrangement. L’odeur restait plus que présente, elle était partout sur l’enfant. Une odeur de sang. 1105 s’assit face à la petite et la détailla du regard. Soudain quelque chose attira son regard : une tache rouge sur la robe blanche. L’enfant était blessée, l’un de ses bras avait une couleur étrange un rouge très sombre, tirant légèrement sur le violet. 1105 avait déjà vu ce genre de choses apparaître sur son corps après des chutes ou des entraînements mais jamais aussi sombre et aussi large. Elle avait du recevoir un sacré coup sur le bras…

Jetant un regard à 2432 une pensée traversa son esprit : elle devait les protéger tout les deux. Il n’était pas faible, pas de ce qu’elle croyait mais elle était la plus intelligente, alors c’était naturellement son rôle. Sans y réfléchir plus elle pris l’enfant dans ses bras le plus délicatement possible et la tendit à 2432.

“-mets la sur ton dos, ne touche pas son bras.”

Il la regarda en clignant un peu des yeux avant de se tourner pour laisser 1105 poser 8968 sur son dos. La petite fille serra un peu les dents en sentant son bras blessé se poser sur l’épaule de l’adolescent, mais se disant que c’était mieux que de rester toute seule elle pouvait supporter la douleur elle posa sa tête contre les courts cheveux blancs de son porteur.

Sans se presser ils retournèrent tout les trois dans le couloir. Les lumières vacillaient, une odeur chimique flottait dans l’air. 1105 sentait une boule se former dans son ventre. Ses pieds avançaient dans la poussière, ses yeux cherchaient d’où viendrait la prochaine menace. Dans le lointain un bourdonnement résonna, les murs tremblaient légèrement. 8968 serra sa prise sur les épaules de 2432, elle sentait la menace s’étendre autour d’eux.

“- C’est de plus en plus fort…”

La voix de l’enfant tremblait, emplie de peur et de douleur.

“-Je le sens aussi.”

1105 se tourna vers 2432, il parlait tellement rarement qu’elle en avait presque oublié à quoi sa voix ressemblait. Elle était calme, un peu rassurante peut être - malgré le stress du ton - il parlait lentement, pourtant quelque chose manquait. Comme s’il était vide, absent de toute substance. Perdue dans ses pensées 1105 n’avait même pas remarqué qu’au bout du couloir quelque chose les observait.

La silhouette était revenue. Et, au bruit, les autres l’avaient suivie.

Elle était petite, plus que 1105 mais plus grande que 8968, elle avait des cheveux roses au niveau des épaules. 1105 ancra son regard à celui de 6566 ,elles avaient les mêmes yeux bleus. Ses mains brillaient toujours en leur centre, légèrement moins forts que tout à l’heure mais elles restaient extrêmement lumineuses.

Sans un mot elles se comprirent.

Dans un bond félin 1105 se rua sur les autres qui arrivaient dans leur zone. Comme si l’instinct se battait pour elle la lame au bout de sa queue vint se planter dans la carotide de l’un des assaillants. Émettant un gargouillement inintelligible il la regarda les yeux emplis d'effroi. D’un habile mouvement de hanches elle trancha la gorge de l’homme, le décapitant d’un coup sec. Un long jet de liquide écarlate éclaboussa tout le couloir, les murs, le sol, le plafond, 8968 qui pleurait encore, 2342, 6566 qui lui souriais de toutes ses dents et enfin elle : 1105. Des gouttes brûlantes ruisselaient le long de ses joues et sur la longue lame qui terminait sa queue. Sa respiration se faisait de plus en plus forte, une espèce d’excitation naissait dans son ventre, comme si elle en voulait plus. Prête à se lancer vers le second, elle sentit une main se poser sur son épaule, un frisson courut son dos. 6566 la regardait dans les yeux, elle avait des yeux étranges : verts et luminescents comme le creux de ses mains. Elle lui sourit doucement et éleva sa main vers les attaquants : la lumière au creux de sa main se fit plus forte, presque aveuglante.

Face à eux, les autres avaient l’air paniqués, comme s’ils faisaient face à la chose la plus terrifiante qu’il leur ait été donné de voir.

2432 sentit l’enfant sur son dos serrer encore plus sa prise sur ses épaules, comme si elle voyait un danger totalement autre malgré ses yeux inactifs. Il leva les yeux vers elle, se demandant ce qui pouvait causer cette réaction. Il s'apprêtait à poser la question mais un violent flash lumineux le coupa avant qu’il n’ouvre la bouche.

Le garde qui faisait directement face à 6566 était soumis à un flux lumineux intense, comme si un rayon de chaleur pure le frappait. Un hurlement de peur et de douleur empreint d’incompréhension s’échappait de sa gorge. Sa combinaison se fondait dans sa peau, chacun de ses membres le brûlaient intensément: tout son corps était en flammes. Il se consumait à petit feu, plus il brûlait et plus l’odeur désagréable de quelque chose de carbonisé envahissait l’espace.

1105 était extatique.

2432 avait envie de vomir.

8968 s’était évanouie.

La voie était libre, c’était tout ce qui importait à 6566, elle avait fait sa part. Se tournant vers eux elle leur fit signe de la suivre. 1105 hocha la tête, la jeune fille aux mains lumineuses étaient surement le moyen le plus sûr de rester protégés. Essuyant le sang qui glissait le long de sa joue, elle fit un signe à 2432 d’approcher.
Lentement il marcha vers elle, faisant bien attention que l’enfant sur son dos ne se blesse pas encore plus. 1105 passa une main sur le front de la petite, il était brûlant. Elle ne savait pas ce que ça voulait dire mais la dernière fois qu’elle avait vu ça les autres avaient emmené 2432 dans une salle loin pour lui donner un médicament, alors elle devait surement faire la même chose avec l’enfant.

La voie était claire alors ils pouvaient partir à la recherche du médicament, c’était le plus urgent.

“Il faut quelque chose pour la soigner…”

La voix de 1105 reflétait son inquiétude, si la petite fille était évanouie c'était bien plus grave qu’elle ne le croyais. 6566 se tourna vers elle, ses yeux lumineux regardaient directement dans les siens, elle semblait réfléchir. Replaçant une mèche rose derrière son oreille elle haussa les épaules et murmura quelque chose que 1105 entendit distinctement.

“Démerde toi…”

Sans lui laisser le temps de répondre elle s’enfuit dans le couloir avec un petit saut agile par dessus les cadavres, laissant une légère traînée lumineuse derrière elle. 1105 soupira, ils venaient de perdre un avantage certain. Quelque chose en elle avait envie de suivre l’autre jeune fille, mais elle s’était promis de protéger l’enfant et son compagnon de cellule.

Ils devaient donc continuer tout les trois. Elle partit donc dans la direction opposée à 6566, faisant signe à 2432 de la suivre. Elle traînait les pieds sur le sol glacial, regardant de temps à autre derrière elle. Les couloirs semblaient inerminables et se ressemblaient tous pour elle. Derrière elle résonnaient les pas de 2432.

Vérifiant que personne ne risquait de les attaquer elle progressait dans le dédale blanc, quelques peurs résonnaient dans le lointain, quelques cris aussi. Même s’ils avaient réussi à échapper au pire elle n’était pas certaine qu’ils seraient en sécurité, elle ne savait même pas comment reconnaitre des médicaments ou même si c’était effectivement de ça qu’avait besoin la petite fille toujours inconsciente sur le dos de son porteur. Les portes et les escaliers défilaient sans que rien de nouveau n’apparaisse dans le décor, quelques taches de sang, des monticules de chairs informes ou des murs détruits. 1105 sentait son ventre se tordre, depuis combien de temps étaient-ils sortis de leur cellule ? Elle n’en avait pas la moindre idée, mais elle devait se dépêcher pour la petite fille.

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