L'ombre des autres
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Je ne suis pas très bavarde sur mon travail ou sur ma vie privée en général. Mais, de temps en temps, j’aime bien faire une exception. Certains se démarquent par leur brillance au combat, leur capacité à pousser un ordinateur à bout ou leur résistance à toute forme de psychotrope, eh bien moi je peux être considérée comme quelqu’un de loyal. Je ferai tout pour quelqu’un que j’aime. C’est dans cette optique que j’ai été élevée : ma mère m’a toujours dit qu’un jour je rencontrerai une personne qui me serait plus précieuse que le monde entier, plus précieuse que tout ce que je pourrais posséder un jour, plus précieuse que ma propre vie. Elle m’a aussi dit que je devrai protéger cette personne si chère, peu importe ce que cela pourra me coûter et que, si je m’en occupais assez bien, mon affection serait rendue au centuple un jour, que si j’arrivais à sauver cette personne de tout ce qui pourrait un jour lui causer du tort, alors je deviendrais la personne la plus heureuse du monde.

Alors j’ai grandi dans cette optique d’une personne à chérir et à protéger. Je l’ai longtemps cherchée et pour me noyer dans autre chose j’ai appris le piratage lors de mes années de collège. Un jour, une femme est venue nous voir au collège, une psychologue. J’ai longuement discuté avec elle et lorsque je suis rentrée chez moi j’ai appris qu’elle avait appelé mes parents car je souffrais, selon ses observations et notre petite discussion, d’un trouble de l’affection. J’étais trop protectrice et possessive selon elle. Ma mère me rassura, m’assurant qu’à mon âge on lui avait dit la même chose mais qu’aujourd’hui elle allait très bien car elle avait trouvé sa personne précieuse. Pour ne plus inquiéter mes parents et mes camarades qui me trouvaient trop silencieuse et effacée, j’ai décidé de me cacher derrière une personnalité enjouée et détachée, gardant tous mes réels sentiments au plus profond de moi. J’ai commencé à apprécier les autres (je n’avais jamais réellement ressenti le besoin de relations humaines auparavant) et je me suis presque plu à jouer la comédie.

Je viens de réaliser que je parle de moi depuis tout à l’heure mais que j’ai omis de me présenter. Je vous prie de m’en excuser. Mon nom est Astrid Orsis, Docteur Astrid Orsis. Je travaille pour l’Insurrection du Chaos, au bureau de désinformation dans la cellule Core. Je suis celle qui donne de fausses infos aux groupes ennemis si vous préférez. Maintenant que vous savez cela je vais reprendre mon récit, si vous le permettez.

Donc.

Au lycée, j’ai compris que je ne trouverai visiblement pas ma personne précieuse en cours et je me suis donc désintéressée de l’école, préférant me consacrer à mon nouveau loisir : le piratage et l’espionnage des appareils électroniques de mes camarades scolaires. J’ai ainsi, durant trois ans, rempli une fonction de justicière secrète dans l’ombre de mes « amis ». C’est à cette époque que j’ai créé un objet qui devint mon plus fidèle allié par la suite : un smartphone sans marque et parfaitement intraçable, capable de se connecter à tout réseau Internet ou mobile. Ce téléphone me servait à remplir ma fonction d’aide discrète. Une fois mes différents diplômes en poche, j’ai voulu étendre mon rayon d’action. J’ai donc commencé à rendre justice à des gens que je ne connaissais même pas tout autour du globe. Mais un jour, j’ai commis une erreur. Suite à une mauvaise manipulation, je me suis retrouvée sur un serveur qui m’était totalement inconnu. Alors que je m’apprêtais à explorer ce nouveau terrain de jeu, un message m’annonçant que j’avais pénétré dans un site gouvernemental interdit s’afficha sur mon écran. Réalisant les ennuis que cela allait m’apporter, j’ai immédiatement éteint mon ordinateur et commencé à préparer un sac au cas où j’aurais besoin de partir en catastrophe. Et cela ne manqua pas. Environ une heure après l’apparition du message, un homme en costume sombre frappa à ma porte me demandant de bien vouloir le suivre.

J’aurais bien évidemment raconté ce qui s’est par la suite passé, mais mon accréditation et mes supérieurs ne me le permettent pas. De ce fait, je préfère vous raconter quelque chose d’autre que mon recrutement et les interrogatoires m’ayant menée au poste que j’occupe aujourd’hui. Je vais ainsi vous relater quelque chose de très important pour moi : ma rencontre avec cette personne si spéciale. J’ai, au début de mon récit, fait mention des leçons de ma mère, eh bien permettez-moi de vous relater ma version de cette personne si précieuse que j’ai enfin la chance de connaître.

William Sarroze

Si ce nom ne vous dit rien c’est soit que vous n’avez pas l’accréditation nécessaire pour, soit que vous dormez aux réunions et dans ce dernier cas je ne peux malheureusement rien pour vous. Ce nom est celui d’un homme influent et important pour l’Insurrection. Ainsi que, vous l’aurez compris, le nom de cet être si cher. Ainsi, en plus de protéger l’organisation pour laquelle je travaille, je me dois de protéger, et ce, au péril de ma propre intégrité physique et mentale, mon collègue direct au bureau de désinformation. Cet homme brun et sombre, cet homme violent et colérique, cet homme beau et charismatique. Je me dois de le sauvegarder de tout ce qui pourrait, d’une façon quelconque, lui nuire. Et ainsi, depuis que je connais cet être si parfait, je n’ai de cesse d’utiliser mon fidèle allié électronique afin de le sortir de toutes les affaires où il peut se trouver et qui pourraient lui causer des ennuis. Je me suis déjà faite frapper plusieurs fois mais je m’en moque bien, parce qu’avec tout ce que je fais pour lui, il me rendra heureuse quand il m’aimera en retour. Et puis de toute façon, je ne laisserai personne me le voler. Jamais. Après tout, il s'agit de ma personne précieuse non ?

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