On aurait dû accepter
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Le blizzard soufflait d’une violence inouïe, et empêchait de voir à quelques mètres. Du blanc. Du blanc partout.
Pas le blanc calme, simple, apaisant, mais un blanc criard qui semblait agresser les yeux. Le souffle battait leur corps tel un boucher battant de la chair fraîche pour l’attendrir.
Une ombre lointaine semblait s’approcher du groupe dépêché sur les lieux par la Fondation. Les membres s’étaient mis en cercle afin de posséder une bonne vision environnante, mais les vents courroucés rendaient la vision précise impossible.
Bientôt, l’ombre fut rejointe par d’autres, telle une meute de damnés. Les agents se resserrent, et certains épaulèrent leur arme.
Les ombres étaient une bonne dizaine, les agents, eux, cinq. Ils se collèrent autour du coffre de maintien en acier, qui, à son moindre contact glacial arrachait un souffle étouffé de douleur par le malheureux qui l’effleurait.
Les ombres étaient à une centaine de mètres.
Enfin, étant donné la perception brouillée des agents, la distance semblait infranchissable, voire oppressante.
Soudain, les yeux des ombres s’illuminèrent d’un rouge criard, qui semblait changer fluidement du clair au foncé, et inversement. Le brouillard autour des ombres devint alors rougeâtre, et cela semblait terroriser de plus en plus les agents. Les spectres cessèrent leur avancé, et certains s’allongèrent sur la glaciale neige immaculé.
Les agents s’agenouillèrent à leur tour dans le froid dans un crissement torturé que leurs bottes arrachèrent au sol neigeux.
Un des spectres approcha sa main de son poignet, et les casques radios des agents grésillèrent dans un mélange de parasites et de cri inhumains. Le bruit cessa bientôt, laissant place au néant des communications. Soudain, sur toutes les fréquences, un homme parla d’une voix lente et douce :
"-Messieurs, veuillez, je vous prie vous rendre, afin que nous puissions récupérer l’objet. Vous vous êtes bien battus, et je respecte les combattants dignes."
"-Vous foutez de notre gueule ? C’est mort ! Autant mourir !" Prononça d’une voix tremblante d’effroi notre chef.
"-Dommage pour vous. Alors mourez si c’est votre souhait."
Immédiatement, la personne à ma droite s’effondra, le crane percé par un projectile. Une grenade vola dans l’air atone, et s’écrasa mollement sur le sol dans un léger son étouffé.
Dès l’impact, la grenade explosa dans une gerbe de feu blanc, et atteint mon compagnon, puis le feu surnaturel sembla se mouvoir d’un de mes compagnons à l’autre, les dévorants dans un concert d’hurlement et de cris déformés par la douleur.
Le feu blanc cessa son œuvre, s’étant arrêté à mon compagnon de gauche, me laissant seul entouré de cadavres de mes compagnons. L’immaculée neige n’était plus. Un trait lumineux atteignit mon torse, mais me laissa en vie à mon grand dam.
J’appliqua ma main sur ma blessure, et un sang rouge se fit apercevoir.
"-Et merde" pensais-je."
Les ombres avancèrent en courant vers moi. Elles étaient floues et semblaient ne pas être ralenties par la morsure du froid. Une silhouette émergea de la brume à quelques mètres, et me tapa avec son poing ganté de blanc sur ma blessure.
Mes lèvres s’ouvrirent pour hurler mais aucun son ne s’échappa de mes lèvres gercées. Il repoussa mon arme d’un coup de pied, et je pus enfin voir son visage, tant l’ombre l’approcha du mien.
Il portait un casque noir et un masque respiratoire grisâtre, qui, en tendant bien l’oreille, sifflait quand l’homme inspirait, ou expirait, je ne suis pas sûr. Deux optiques rouges se faisaient apercevoir.
Il m’empoigna par le cou et me releva à son niveau, et une terreur m’envahie alors.
Il me plaqua contre le coffre, puis il attrapa ma main avant d’arracher mon gant. Le froid m’envahit alors, et je ne pus m’empêcher de hurler. Il attrapa alors ma mâchoire inférieure avec son autre main, et me la brisa dans une cacophonie de grincements et de bruits secs. Je pleurais pour la première fois.
Il plaqua ma main sur le lecteur, et le scan commença. J’étais le porteur, c’est moi qui pouvais l’ouvrir, comme le savaient-ils ?
La boite s’ouvra alors en un bruit sourd, et un de ses compagnons saisit le conteneur.
Il arracha mon casque, me plaça sur la neige glaciale, déjà je ressentais la morsure de la neige rouge de sang sur mon visage déchiré.
Il me donne un violent coup de pied sur la tête, ce qui dut casser mon nez, et me creva un œil par la même occasion avec un de ses crampons, ce qui fit deux bruits, un craquement osseux et un gargouillis organique.
Les ombres partirent sans me regarder, me laissant agoniser dans la neige, et je sentais mes forces quitter mon corps. Ma fin était proche. Je le savais.
Je m’endormis alors dans un profond sommeil sans rêves.
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