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2432 commençait à se demander s’ils n’auraient pas dû suivre 6566, elle avait dit chacun pour soi mais ne leur avait pas interdit de la suivre. Sur son dos 8968 devenait de plus en plus lourde, ses jambes fatiguaient un peu plus à chaque pas, il commençait à avoir vraiment faim et l’odeur de sang presque sec que dégageait l’enfant n’aidait pas vraiment. Il avait l’impression qu’ils étaient perdus depuis des heures, à tourner en rond dans une prison immense. Soudain, lui et 1105 remarquèrent une silhouette au fond du couloir, une personne assez grande avec des yeux très noirs, tellement noirs qu’ils ne distinguaient même pas le blanc autour de l’oeil. Elle avait de longs cheveux blonds, comme 8968 et semblait les fixer, 1105 eut un moment d’hésitation avant de réaliser que la nouvelle personne portait la même robe qu’eux, ce n’était pas un autre. Lentement ils avancèrent les uns vers les autres. La personne blonde les dévisagea un moment de ses grands yeux entièrement noirs avant de leur demander :

“- Vous avez un blessé ?”

1105 se tourna vers l’enfant, toujours inconsciente, et hocha la tête.Son bras n’avait pas désenflé et la poche semblait devenir de plus en plus sombre, mais surtout bien plus imposante. Même si l’enfant respirait normalement cela n’en restait pas moins profondément inquiétant. La personne blonde arriva à leur niveau et regarda l’enfant durant de longues minutes, comme si elle la scannait de part en part.

“Elle a besoin de soins, je vous emmène… Mais soyez prudents s’il vous plaît.”

Du regard 1105 interrogea 2342, était-ce une si bonne idée ? Est ce qu’ils avaient vraiment le choix après tout ?

Pas vraiment.

En silence ils hochaient la tête et suivirent la blonde, toujours à l'affût. 1105 ramena sa queue contre elle, si jamais les choses venaient à se corser elle saurait s’en sortir et protéger ses deux compagnons de route, en revanche elle ne pouvait rien garantir pour leur guide. Pour l’instant ils se contentaient de suivre, sans rien dire. La blonde devant eux marchait vite comme si elle était pressée, 2432 avait de plus en plus mal aux jambes et aux dos,1105 sentait ses pieds la tirailler un peu plus à chaque pas. Le dédale semblait devenir de plus en plus complexe.

Au loin quelque chose résonnait.

Essayant de distraire son esprit des douleurs que lui provoquaient le poids de l’enfant assoupie sur son dos, 2342 tenta de concentrer son attention sur le son flou qui partait du bout du couloir de ce qu’il entendait. Il lui fallut un moment avant de réaliser que ce n’était pas un simple bruit mais l’enchevêtrement de beaucoup de sons qui s’entrechoquaient violemment. A chaque pas vers la source du bruit celui-ci devenait de plus en plus distinct. Ce n’était pas étonnant qu’il lui ait fallu autant de temps pour déterminer ce qu’était le son cet c’était quelque chose qu’il n’avait presque jamais entendu.

Des voix.
Beaucoup de voix qui parlaient, criaient, pleuraient. Des voix qui s’agglutinaient dans un espace proche, très proche même.

Au bout du couloir un pan de mur détruit donnait sur une grande pièce, une pièce immense où des dizaines de dizaines de personnes étaient rassemblées. Toutes portaient la même robe blanches qu’eux, certains dormaient à même le sol ou avaient trouvés des sacs sur lesquels ils s’étaient entassés. Prudemment ils passèrent dans le pan de mur, la blonde se tourna de nouveau vers eux. L’air avait une odeur étrange.

“Vous êtes ici dans un endroit protégé. On soigne les gens et on a un peu de nourriture, vous devriez confier l’enfant à ceux qui soignent ils sauront s’occuper d’elle.”

1105 semblait troublée, comme si des milliers de pensées avaient subitement décidé de se précipiter dans son crâne. Elle ne voulait pas laisser l'enfant a des inconnus, il en était parfaitement hors de question : elle s'était promis de la protéger jusqu'au bout. Elle ne la connaissait que depuis quelques heures mais elle et 2342 étaient les seuls qu'elle connaissait après tout et les autres n'attendraient pas qu'elle soit prête avant de lancer une offensive. Personne ne l'attendrait, elle devait surpasser tout le monde, c'était nécessaire.

2342, lui, avait mal. Il ne pensait plus, ne voulait plus penser, il avait juste mal. Il avait envie de se laisser tomber au sol et ne plus bouger, mais le poids de l'enfant sur son dos lui disait de tenir encore un peu. . Ses jambes devenaient de plus en plus engourdies, comme si elles s’apprêtaient à lacher au moindre mouvement. Tout dans son esprit tanguait, de plus en plus vite, de plus en plus fort. Les lumières du couloir lui brûlaient les yeux, il ne savait plus si c’était de fatigue ou pour protéger ses rétines que ceux-ci se fermaient presque d’eux même. L’enfant sur son dos se faisait de plus lourde, l’odeur du sang sec de plus en plus agressive et le reste du monde bien plus flou : il devait s’allonger et vite.

“-Hey.”

Sa voix avait sonné bien plus sèche qu’il ne l’aurait voulu, peut être la soif, la blonde leva les yeux vers lui et 1105 se retourna. Au fil des années, enfermés dans leur boîte, ils avaient appris à communiquer sans jamais avoir à parler et il ne lui fallut pas plus de temps pour comprendre à quel point 2432 était à ses limites. Ils n’avaient pas mangé depuis un moment maintenant qu’elle y repensait : putain d'expériences… Elle espérait que de l’autre côté du trou dans le mur il ya aurait à manger. Avec un regard compréhensif 1105 passa derrière son ami et pris l’enfant toujours évanouie, dans ses bras. En sentant le poids disparaître de ses épaules 2432 vacilla, le monde tournait un peu autour de lui, mais il tenait bon. Inquiets pour la suite, ils passèrent dans l’ouverture immense.

Ils se figèrent.

Des dizaines de dizaines de personnes en robe blanches s’affairaient dans tous les coins. Tous couraient, mangeaient, criaient. Tout face à eux vivait, comme si ce lieu était hors de la froideur glaciale des couloirs similaires, loins des autres menaçants, de l’hostilité ambiante.
La blonde fit signe à 1105 de la suivre. Serrant 9868 dans ses bras elle la suivit, peu rassurée à laisser seul 2342 qui s’était effondré contre un mur, la respiration courte. Elle avait une nouvelle forme d’inquiétude qui naissait dans son ventre, quelque chose qui lui disait de ne pas le quitter des yeux, mais d’un autre côté la petite fille était dans un état bien plus inquiétant d’une grosse faim et de la fatigue. Son bras ne saignait plus, c’était déjà ça. Suivant toujours la grande blonde, elle arriva dans un lieu où tout lui parut étrangement calme, la plupart des gens étaient allongés à même le sol sur de grandes couvertures. Pour certains dans des états terribles, l’odeur de sang, de peur, de panique était omniprésente malgré le pesant silence. On lui fit signe d’approcher, au milieu de ceux qui jonchaient le sol elle fit quelques pas en avant vers un endroit vide, en déposant l’enfant elle remarqua que certains des “endormis” étaient en réalité des cadavres, sous la peur elle sentit la faim la tirailler. La petite fille grogna en sentant son bras toucher quelque chose de dur : doucement mais surement elle revenait à elle.

1105 vit un jeune homme avancer vers elles, il était bien plus grand qu’elle et probablement même plus que 2342. Il avait de longs cheveux châtains foncés qui formaient de grandes boucles parfaites de chaque côté de son visage, il portait la même robe blanche que tout le monde dans la pièce mais l’adolescente sentait bien qu’il dégageait quelque chose de plus. Sur son chemin elle entendait des murmures, des regards qui se levaient ou se baissaient. Elle le défia de ses grands yeux bleus, comme pour asseoir son droit de protéger la petite qui ouvrait doucement ses grands yeux vides. Les yeux bruns face à elle n’étaient pas agressifs, si elle n’était pas aussi nerveuse elle aurait pu dire qu’ils se voulaient presque rassurants, bienveillants. Quelque chose en elle voulait le laisser faire, elle avait envie de l'écouter, d'observer ce qui allait se passer. L'adolescent la fixait calmement, après plusieurs minutes de silence elle l'entendit parler.

"Vous êtes nouvelles ?"

1105 ne savait pas quoi répondre, nouvelles ? Où ? Elle avait toujours vécu dans ce lieu.
Enfin pas précisément ici mais dans ce dédale de couloirs et de portes. La question sonnait terriblement vide dans ses oreilles.

Heureusement la blonde vint à son secours.

"Oui, elles n'ont même pas encore de nom. Je me disais que tu pouvais t'en charger ! Elles sont accompagné d'un garçon de ton âge qui se repose près de l'entrée."

Elle devait parler de 2342, un nom ? pourquoi faire ? Elle en avait déjà un non ? 1105 c'était très bien ! 9869 aussi ! Alors pourquoi le changer?

"Pourquoi j'ai besoin d'un nouveau nom ! 1105 c'est très bien !"

Le jeune homme se tourna de nouveau vers elle et soupira légèrement. Cette jeune fille aux courts cheveux noirs n'avait pas l'air stupide, mais il lui semblait plus qu'évident que quelques explications s'imposaient. Il n'était pas inquiet, il avait convaincu bien pire depuis le début de l'incident.

"Tu ne va pas avoir un nouveau nom, tu vas avoir un vrai nom. 1105 c'est une suite de nombres, un vrai nom c'est… Marie comme elle par exemple"

La blonde fit un petit signe de la main pour signifier que l'on parlait d'elle.

"Je n'aime pas Marie comme nom pour moi, donne moi autre chose. Et à elle aussi !"

D'un geste rapide du bras elle désigna l'enfant qui écoutait silencieusement la conversation les yeux à présent totalement ouverts. Elle avait l'air totalement consciente et semblait absorbée par ce qui se racontait. Ses jolis cheveux blonds reflétaient toute la lumière autour et ses yeux bleus fixaient un point inexistant.

"Je ne pensai pas à Marie, ne t'en fais pas. Pour ta petite soeur, si c'est ta petite soeur, je pensai à un nom tiré d'un livre que j'aimais beaucoup à son âge : Wendy."

L'enfant passa sa main valide dans ses boucles emmêlées et réfléchit quelques instants.

Wendy.

Elle dégagea de sa vue morte quelques cheveux qui lui chatouillaient le nez et se demanda si le nom lui plaisait. Wendy, Wendy, elle aimait bien la voix de l'inconnu alors ça allait, mais peut être que dit par une autre personne ça n'irait pas du tout. Sans trop réfléchir elle se tourna vers où elle savait que 1105 se tenait et d'une voix calme elle lui demanda :

"Dis-le"

Elle sentit la surprise de 1105, même sans la voir, le sol près d'elle avait vibré preuve qu'elle s'était tournée vers elle.

"Dire quoi ?"

"Wendy"

Elle entendit 1105 hésiter, comme si elle ne savait pas quoi faire mais finalement elle l'entendit soupirer et la voix de l'adolescente murmurer :

"Wendy"

Replongeant dans sa réflexion, l'enfant sentit cette mèche chassée quelques secondes plus tôt chatouiller le dessous de son nez. En ramenant machinalement ses cheveux en arrière, elle se repassa le nom dans la tête, la manière sont il sonnait, les voyelles, les consonnes le Y final. Elle ferma un peu les yeux pour tout mieux revoir et enfin leva la tête vers l'endroit d'où était venue la voix d'homme plus tôt.

"J'aime ! "

Le jeune homme hocha la tête, au moins la petite n'avait pas été trop difficile à convaincre. Le plus gros challenge restait la plus âgée des deux, elle n’avait pas l’air stupide mais juste… Profondément bornée. Elle le regardait toujours dans les yeux, ils étaient bleus, clairs, presque comme un ciel sans nuage. Elle respirait fort il le sentait d’ici, après avoir autant marché 1105 était fatiguée.

L’observant de plus en plus le jeune homme se dit que le coté sauvage, indomptable de cette jeune fille ressortait bien plus que tout le reste. Sa pose de félin, sa longue queue armée, les taches de sang sur sa robe et ses yeux déterminés laissaient imaginer une personnalité vive, sulfureuse. Sous ses airs d’animal féroce elle avait l’air presque douce, sensuelle.

Une démone.

“Qu’est ce que tu penses de Lilith ?”

1105 cligna plusieurs fois des yeux, qu’est ce qu’il avait dit ? Durant une seconde elle ne l’avait pas écouté et avait manqué l’une de ses phrases.

“Hein ? J’ai… pas entendu.”

Le châtain sourit.

“Je t’ai demandé ce que tu pensais du nom Lilith, c’est le nom d’une déesse qui à toute une armée à ses pieds. C’est une grande guerrière indomptable et une démone féroce.”

La jeune fille réfléchit quelques instants et haussa les épaules.

“J’ai rien compris à ta phrase, mais ça me plait l’idée de l’armée et de la guerrière indomptable. Alors, vendu.”

Bon, ça avait demandé moins d’efforts qu’il ne l'aurait pensé…

Marie s’était penchée sur la petite blonde et commençait son auscultation, LIlith elle, avait juste besoin de repos. Le jeune homme se releva et s’étirant se dirigea vers l’entrée que lui avait indiquée l’infirmière improvisée. Il s'apprêtait à partir mais il l’entendit l’interpeller.

“Vas y doucement quand même, tu as l’air épuisé Gabriel”

Soufflant du nez, il haussa les épaules et reprit sa route vers l’immense trou dans le mur. Les gens autour de lui allaient et venaient, tous se retournaient sur son passage, tout le monde murmurait, chuchotait. Il n'aimait pas cette sensation d’être observé, détaillé par tous ou même pire : craint par certains, mais c’était un sacrifice nécessaire qu’il avait accepté de faire. Ainsi, guidé par une forme de leader son havre de paix avait un semblant de calme.

Un semblant.

Si tout le monde vivait ici en presque bonne entente c’était principalement grâce à la nourriture et à l’eau disponible dans la zone. Sans ça Gabriel était certain que rien ne tiendrai, tout était trop instable dans la tête des créatures humanoïdes rassemblées sous son aile. Sans eau, sans nourriture tout risquait de devenir invivable à nouveau.

Soupirant un peu, il vit contre le mur près de l’entrée un jeune homme somnolant. Il devait être légèrement plus grand que lui, a poitrine se soulevait de manière irrégulière comme s’il était profondément essoufflé et n’arrivait pas à reprendre une respiration normale. Seul, adossé à la paroi l’adolescent semblait incroyablement affaibli même si sa carrure musclée et les deux cornes de chaque côté de son crâne lui donnaient une apparente force. Gabriel sentait qu’il n’en était rien. Lentement il s’approcha de l’assoupi et s’assit face à lui.
Détaillant un peu le nouveau venu il trouva le tatouage sur son épaule : 2342.

“Salut… 2342 ?”

Gabriel ne s’attendait pas à une réaction très amicale, certes, mais le sursaut du jeune homme face à lui le fit presque sauter lui aussi. 2342 se tenait maintenant droit face à lui, yeux grands ouverts et ses cheveux blancs complètement emmêlés. Le châtain fut légèrement déstabilisé en réalisant que 2342 et Lilith avaient des visages rigoureusement similaires. La forme du menton, les yeux bleu ciel, le nez légèrement pointu et l’absence totale d’imperfections. Il se serait bien posé la question pour encore quelques minutes, voir quelques heures mais 2342 le sortit de ses pensées.

“Comment tu connais mon nom toi ?! et tu… t’es qui ?”

Gabriel vit un éclair de méfiance passer dans les yeux de son interlocuteur.

“C’est Lili-1105 qui me l’a dit… T’en fait pas elle va très bien et la petite fille aussi. Je leur ai même donné un nom.”

2342 leva un peu les yeux vers le jeune homme face à lui, le détaillant un peu. Un nom ? pourquoi un nom ?

“Pourquoi un nom ?”

Gabriel soupira, le schéma se répétait. Mordant un peu l’ongle de son pouce il chercha une solution simple et rapide. Quelque chose qui ne lui demanderai ni d’effort à lui ni a 2342. Restait à trouver quoi… Il ne connaissait pas du tout la personnalité du jeune homme à cornes et aucun nom ne lui venait. La pression des yeux bleus ,qui ne lâchaient pas une seconde les siens, commençaient à devenir lourde.

Si lui et Lilith avaient des visages similaires c’était surement un frère et une soeur, il n’avait qu'à partir de là pour trouver un nom à 2342.

“T’as pas répondu à ma question.”

Merde, il n’avait effectivement pas répondu à la question.

“Ben, euh. Tout le monde à un nom ici ? Du coup pour qu’on soit tous égaux il t’en faut un aussi ?”

2342 ramena un genou contre sa poitrine, tous égaux ? Hm. Est ce que ça valait le coup ? Égaux en quoi ?
Si c’était en nourriture alors il était totalement d’accord. Son ventre le tiraillait tellement qu’il était persuadé qu’il avait avalé une boule de piques acérées. Sa gorge était sèche et tout son corps lui faisait mal, il était tellement fatigué qu’il sentait ses yeux se fermer lentement et ses muscles le lâcher petit à petit. Sa tête tombait doucement vers la jambe qui le soutenait.
“Hey, tu dors ?”

Non il ne dormait pas encore, mais il n’en était pas loin. La voix du jeune homme face à lui se faisait doucement de plus en plus lointaine.

“S’quoi ton nom à toi ?”

La voix de 2342 était étouffée, presque inaudible mais Gabriel avait bien compris la demande. Il se pencha vers 2342 et souriant un peu lui passa un bras sous les épaules pour le charger sur son dos, il fut légèrement surpris du poids incroyable du jeune homme malgré son apparence frêle.

“Gabriel.”

2342 hocha la tête mollement cherchant une prise il posa sa main sur l’une des grandes plaques solides qui recouvraient le dos de Gabriel. Elles avaient un toucher similaire à celui des murs dans le couloir, mais contrairement aux murs il sentait de la chaleur émaner des plaques.

“Gabriel… j’peux marcher tout seul…”

Encore une fois sa voix était faible et molle.

Gabriel sentant le démon agripper une de ses plaques dorsales se mordit un peu la lèvre. Oui, elles étaient solides mais ça restait des parties de son corps. Il sentit 2342 essayer de le pousser mais la fatigue l’emportait et il ne réussissait qu'à lui donner de faible coups peu efficaces. Bien trop épuisé pour y mettre plus de force il se laissa tomber contre son porteur.

Continuant de traîner 2342 sur son épaule il cherchait un endroit où l’allonger, de préférence un qui lui permettrai de garder un oeil dessus. Après quelques minutes de recherches il aperçu un matelas non occupé et se dirigea aussi vite que le poids contre son corps le lui permettait. Aussi doucement que possible il déposa 2342 sur le matelas, l’adolescent avait l’air exténué. En soupirant Gabriel s’assit près du jeune homme et dirigea son regard vers le plafond.

Lilith, elle, n’était pas fatiguée. Depuis plusieurs heures qu’ils étaient là elle en avait profité pour manger et dormir un peu. Mais, maintenant qu’elle était reposée elle ne savait pas quoi faire. Wendy s’était endormie il y à un moment et son frère dormait toujours aussi profondément, elle ne voulait pas le réveiller la journée avait été assez épuisante comme ça. Malgré l’obscurité ambiante elle voyait parfaitement grâce aux quelques lampes qui éclairaient le lieu et la lumière qui venait des fenêtres disséminées dans la pièce. Tous étaient allongés sur des sacs où à même le sol, il était sûrement tard. Promenant son regard dans la pénombre elle remarqua une silhouette debout, face à un mur. Intriguée elle se leva, prenant soin de couvrir Wendy avant de partir vers l’étrange silhouette. Prudente, elle avançait doucement, faisant bien attention à n’écraser ou blesser personne. En ramenant la manche de sa robe sur son épaule elle distingua enfin à quoi la silhouette ressemblait.

C’était une jeune fille, mince, portant la même robe blanche que tous ceux qui dormaient maintenant profondément. Malgré l’obscurité, Lilith pouvait distinguer la couleur de ses cheveux qui arrivaient presque sur ses épaules : rose clair.

La silhouette était celle de 6566.

Lilith sentit un petit sourire se tracer sur ses lèvres et se dirigea d’un pas assuré vers 6566, balançant joyeusement sa queue derrière elle.

En sentant la présence de sa soeur disparaître, 2342 s’était réveillé. Il se sentait bien mieux, reposé et en sécurité. Ses yeux mirent un peu de temps à s’habituer à la pénombre, mais une fois sa vision acclimatée il réalisa qu’une douce lumière venait des fenêtres. Quelque chose brillait à l'extérieur.

Attiré par la lueur, il se leva à son tour et marcha vers la fenêtre la plus proche. Posant sa main contre la vitre il leva les yeux vers le ciel : des millions de lumières scintillaient. Il n’avait pas la moindre idée de ce qui pouvait illuminer ainsi le ciel, mais il trouvait ça magnifique. Le ciel était sombre mais, pourtant sur cette immense toile se détachaient toutes ces lueurs, collant son visage à la surface il parvint à en distinguer encore plus, comme si elles recouvraient la totalité du ciel.
Trop absorbé par le spectacle, il ne remarqua pas la personne qui s’approchait dans son dos.

“Tu regardes les étoiles ?”

Surpris, 2342 sursauta et manqua de tomber au sol. Il ne s’attendait pas à ce que qui que ce soit le rejoigne.

Et certainement pas Gabriel.

Comment il avait appelé ça ? Des étoiles ? 2342 trouvait que ça sonnait bien à l’oreille.

Etoiles.

Réalisant qu’il fixait Gabriel depuis probablement plusieurs minutes sans rien dire, 2342 sentit une pointe de gêne monter dans sa poitrine et il se tourna de nouveau vers la vitre. Le silence devenant de plus en plus pesant entre eux au fur et à mesure qu’ils le nourrissaient. Toujours atrocement gêné 2342 eut un peu de mal à avaler sa salive en entendant Gabriel venir se placer près de lui pour lever les yeux vers l'extérieur.

Et les étoiles.

“T’as jamais vu d’étoiles avant hein ?”

2342 était perplexe… S’il répondait oui il était honnête mais il aurait l’air idiot, mais s’il répondait non il se mettait en danger en mentant. Sans trop de courage, il tourna doucement son regard vers l’autre adolescent. Gabriel levait les yeux vers les milliards de lueurs, la lumière était faible mais suffisait à éclairer son visage, juste assez pour que 2342 en distingue clairement les traits. Il sentit un sourire se tracer sur ses lèvres, il aimait bien le regarder. Il y avait quelque chose de rassurant dans son visage, l’arrondi de ses joues, la forme de ses boucles, son regard calme qui reflétait les étoiles.

2342 comprenait pourquoi les autres l’écoutaient autant.

Il ne préférait rien dire, quitte à nourrir le silence autant continuer dans sa lancée et attendre un signe quelconque de l’autre.

“Au fait…”

Ouf, 2342 n’aurait pas à parler en premier.

“… Je t’ai trouvé un nom”

Ah.

AH.

Il lui avait trouvé un nom ?

“Et c’est quoi ?”

Le silence repris, une expression que 2342 n’avait que rarement vu était apparue dans le regard de Gabriel. Il… Doutait ? Pourquoi ? Avait-il peur de sa réaction à l’annonce de son nouveau nom ? Avait-il remarqué que depuis cinq minutes il se faisait dévisager ? Ou peut-être était-ce autre chose.

2342 était encore plus curieux avec ce doute apparent.

Gabriel continuait à entretenir le silence, trop occupé à débattre avec ses doutes. Plongé dans ses pensées, les yeux dans le ciel, il ne sentit pas tout de suite la main de 2342 sur son épaule.

Doucement l’adolescent au cheveux blancs se répéta.

“C’est quoi mon nom ?”

“Dante”

Dante.

Ça sonnait bien.

Très bien même.

Sans lâcher sa prise Dante sourit à Gabriel, comme pour le remercier.

Son regard fut attiré par les grandes plaques sombres qui se détachent du dos de celui qu’il tenait par le bras. Elles étaient disposées sur ses omoplates, le long de ses épaules, un peu sur ses bras et devaient surement descendre tout le long de son dos. Elles avaient l’air solides, presque comme des os. Sans trop réfléchir il posa une main sur l’une des plaques et en traça le relief.

“Elles t’intriguent ?”

Gabriel pris la concentration silencieuse de son vis à vis pour un oui.

“Je peux les déployer pour en faire un bouclier, c’est plutôt pratique. Mais toujours moins classe que les cornes si tu veux mon avis.”

Dante sentit une pointe de fierté naître en lui.

“Moi je trouve le bouclier plus classe.”

Il avait prononcé ces quelques mots si doucement que sans le silence ambiant Gabriel ne les aurait jamais entendus. Avec un sourire il fit signe à Dante de s’asseoir, se laissant lui-même tomber au sol pour mieux voir le ciel au-dessus d’eux.

“Pose toi, je vais te dire comment elles s’appellent.”

Répondant à son sourire le plus frêle des deux adolescents se laissa tomber lui aussi, prêt à écouter tout ce que l’autre pouvait lui enseigner.

De l’autre côté de la pièce, devant une autre fenêtre. Lilith avait attrapé le bras de la jeune fille aux cheveux roses. Mécaniquement celle-ci se retourna vers elle, le regard toujours aussi vide et froid. Ses yeux semblaient briller légèrement moins qu’avant, ses mains étaient éteintes. Elles se dévisagèrent quelques instants, Lilith souriait doucement, heureuse d’avoir retrouvé une alliée de taille.

“Tu es là toi aussi !”
6566 semblait profondément blessée, comme si tout ce que pouvait lui dire la brune n’était pas digne de son attention.

“C’est quoi ton nom à toi ?”

Dans un soupir, la plus petites des deux jeunes filles repoussa une mèche de cheveux derrière son oreille et leva les yeux vers Lilith.

“Violette. T’as d’autres questions à la con comme ça ?”

Violette ? Mais pourtant ses cheveux étaient…

De justesse, Lilith se dit que ce n’était pas sa plus brillante réflexion et préféra poser une autre question.

“Qu’est-ce que tu fais devant une fenêtre en pleine nuit toute seule ?”

Léger silence.

“Je vais m’enfuir en explosant le mur.”

Plus grand silence.

“Comment ça s’enfuir ?”

Violette voulut lui répondre mais quelque chose attira leur attention à toutes les deux.

Au centre du ciel, une immense boule de lumière venait de faire son apparition et elle avançait vers le bâtiment.

Tous ceux qui étaient déjà éveillés levèrent tous les yeux au ciel. Auprès de la première des dizaines de lueurs semblables se mirent à approcher dans la nuit. Prise de panique Lilith se mit à courir en direction de sa petite soeur, attrapant le poignet de Violette au passage. Alors que les lumières commençaient à envahir la pièce, elle vit Dante prendre Wendy dans ses bras, la main serrée dans celle de Gabriel.

Soulagée elle lâcha Violette et sprinta jusqu’à son frère.

“Il faut fuir ! vite !!”

Dante trop occupé à rassurer Wendy ne semblait pas l’avoir entendue. Gabriel, lui, avait les yeux rivés sur les lumières. Il était persuadé d’en avoir déjà vues de semblables.

Après quelques secondes de réflexion il réalisa ce qu’étaient les lumières : d’immenses projecteurs.

“Des hélicoptères.”

Des hélicoptères avançaient vers eux. Sûrement des secours.

“Des quoi ?!”

Les deux jumeaux s’étaient exclamés dans une synchronisation parfaite, dans un autre contexte Gabriel aurait plaisanté dessus, mais ce n’était vraiment pas le moment. Rien n’était gagné, ils n’étaient pas certains que les personnes dans les hélicoptères leur voudraient nécessairement du bien.

Lilith était quant à elle inquiétée par autre chose : pendant leur petit échange Violette en avait profité pour disparaître et visiblement pour percer un des murs.

En quelques minutes, peut-être moins, une vingtaine d’hommes et de femmes en combinaisons sombres étaient passés par l’ouverture. L’une d’entre elle leva la main vers le plafond.

“Ecoutez moi tous ! Je suis le commandant Bianka, de l’unité de récupération sur le Terrain. Je ne suis pas là pour blesser qui que ce soit. Si vous obéissez aucun mal ne vous sera fait, par contre pour les plus désobéissants d’entre vous sachez que je vous réserve le même sort que votre copine à l'extérieur : je vous éclate le crâne sans sommation.”

Un frisson d’horreur et d'appréhension parcourut l’assemblée.

Lilith sentit sa gorge se serrer. Ils avaient tué Violette.

De nombreux murmures se firent entendre, des débats, de la peur.

Certains se mirent à avancer docilement vers la sortie, d’autres se mirent à chercher une autre issue. Ceux là se firent abattre sans avertissement. Dante, Lilith, Wendy et Gabriel entreprirent de rejoindre le commandant Bianka, après tout ce à quoi ils avaient survécu ils auraient trouvé stupide de mourir aussi près de leur but. Lentement et en passant au milieu des corps inanimés ils finirent par rejoindre l’ouverture dans le mur.

Un soldat dévisagea longuement Dante et Gabriel toujours main dans la main.

“Ces deux là, tu me les sépare. La gamine, la fille et celui avec les cornes y vont sur la 2, l’autre tu me le mets dans un camion pour compléter ok ?”

Comprenant ce que venait de dire l’homme face à lui, Dante leva les yeux vers Gabriel qui, laissant sa main glisser de celle de l'autre jeune homme esquissa un sourire triste. Sentant sa main s’échapper Dante voulut la reprendre, entendre Gabriel lui parler à nouveau des étoiles. Un soldat pris Gabriel par le bras et le fit monter dans un des grands camions garés sur le terrain.

On fit avancer les trois autres vers l’un des grands hélicoptères, leur faisant signe de monter. Peu rassurés mais déterminés à rester en vie, Dante déposa Wendy sur l’un des sièges et s’assit près d’elle suivi par Lilith. On les sangla et referma la cabine. Le pilote fit décoller l’engin, les camions et autres hélicoptères partirent eux aussi.

Dans la radio on entendit un message qui résonna dans tout l’habitacle.

“Tout ce qu’il y avait à sauver l’a été. Larguez les charges, faites-moi disparaître ce bâtiment !”

Sans comprendre ce que ça voulait dire ils entendirent un immense bruit, puis un flash blanc déchira l’obscurité. Des flammes par milliers dévoraient le complexe scientifique.

En voyant ce qui l’avait hébergé des années durant s'effriter en longues volutes noires Dante se dit que le rouge ne serait jamais sa couleur préférée.

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