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La goutte tomba. Puis une autre. Puis encore une autre. Le sol se salissait au fur et à mesure. Dorian pensa aux pauvres femmes de ménage qui devaient toujours nettoyer après leur passage. Toujours. C’était devenu une habitude. Au départ, les femmes de ménage n’avaient pas dû nettoyer à tous les coups. Il ne se souvenait plus quand elles n’avaient pas eu à nettoyer. Probablement jamais. La femme qui se tenait de l’autre côté de la vitre regardait sans émotion celui qui salissait tout.
Le téléphone de Dorian sonna, il décrocha dès la première sonnerie :
« Allô ?
- Papa ?
- Ma chérie ! Comment vas-tu ?
- Super papa ! Dis, tu rentres à la maison ce soir, demanda la petite voix.
- Je sais pas ma chérie… »
La porte s’ouvrit, Raphaël entra et avec lui les hurlements qui résonnaient dans l’autre salle. L’homme salissait tout et hurlait. Dorian eut le réflexe de raccrocher avant que les cris ne parviennent aux oreilles de son enfant. Son petit ange n’avait pas à savoir ce que son père faisait…
« Dorian ? Encore en train de jouer les pères exemplaires, demanda Raphaël d’un ton dédaigneux. »
Dorian ne prit même pas la peine de répondre, ignorant comme à son habitude celui qui ne montrait que du dédain pour les autres. Raphaël lissa son costume impeccable et se recoiffa alors que sa coiffure était tout aussi parfaite que le reste. Sa beauté n’avait d’égal que sa laideur intérieure. Cet homme était un monstre.
« Tu en es un aussi, pensa-t-il. »
Mais Dorian avait de la compassion pour ceux qui hurlaient. Raphaël, ainsi que son jumeau Gabriel, passaient peut-être pour des anges, comme leurs noms semblaient vouloir l’indiquer, leur donnant le surnom d’Archanges ; ils étaient surtout obnubilés par la torture qu’ils appelaient « art ». Quant à Sophie, si elle avait des compétences exceptionnelles, sa propension à vouloir à tout prix faire en sorte que les gens souffrent, considérant la souffrance comme un cadeau, ne pouvait pas non plus être considérée comme un ange.
Ne restait plus que lui. Un extra-terrestre, une anomalie dans cette équipe de fous. Mais justement, si eux étaient les fous, il était le garde-fou. Le haut-commandement le savait peu efficace mais il fallait bien que quelqu’un surveille tout ce beau monde, et c’était tombé sur lui… Il était le reste d’humanité dans cette cellule. Il envoya un message à son enfant :
« Mon téléphone a coupé, je te rappelle dès que je peux. »
Il ne la voyait presque jamais. Son enfant. Sa fille. La seule chose qui lui permettait de rester un peu humain.

Les cris cessèrent. L’homme cessa de salir le sol. Sophie sortit. Elle n’avait même pas un regard triomphateur alors même qu’elle avait réussi à arracher la vérité à l’homme qui ne hurlait plus. Elle s’en fichait. Elle avait fait son travail, elle l’avait fait souffrir, la mission était accomplie. Dorian réprima un haut-le-cœur tandis que Raphaël, incroyable lèche-botte, la félicitait. Dorian réprima un gloussement lorsqu’il vit que le docteur Alètheia se fichait royalement de Raphaël qui était prêt à tout pour avoir un bon point. Elle posa son regard froid et inexpressif sur Dorian qui frémit. Il s’avança, refoulant sa réversion pour elle et demanda :
« Alors ? Où se cache le site ? »
Le docteur lui donna les coordonnées du site en question, coordonnées qu’il s’empressa d’envoyer au haut-commandement. Ce dernier allait être ravi, quand un agent de la Fondation SCP parlait, c’était toujours bon signe pour eux.
Le docteur Alètheia et Dorian passèrent devant la salle où l’homme ne criait plus tandis que Raphaël était parti chercher son frère qui faisait certainement des expériences bizarres avec des trucs bizarres et dont les résultats donnaient des trucs encore plus bizarres…
Dorian pensa bêtement que l’homme qui ne criait plus était mort, cependant, il entendit un gémissement. Il regarda le docteur qui haussa les épaules :
« Ce n’est pas mon travail. Et ce n’est pas le vôtre non plus, docteur Henry. »
Cependant, Dorian fit fi de l’interdiction de la directrice de cellule et s’engouffra dans la pièce.
La première chose qu’il vit fut la tache rouge sur le sol, puis l’homme. Il réprima un nouvel haut-le-cœur plus violent que le premier. Pour faire partie de cette cellule, il fallait avoir le cœur bien accroché. L’odeur familière de fer envahit ses narines. Il se posa devant l’homme et le regarda dans les yeux. Ce dernier ne parvenait pas à parler, il se contentait de gémir, à moitié conscient.

Un agent. Un agent qui faisait son boulot.

Il ne réfléchit pas, sortit son arme et visa l’homme à la tête. Le coup de feu retentit dans la base.

Il haïssait la cafétéria. Non pas qu’elle était inconfortable ou que la nourriture y était exécrable, au contraire. S’il haïssait cet endroit, c’était à cause des gens qu’il devait côtoyer. L’Insurrection embauchait vraiment n’importe qui…
Raphaël arriva, son double derrière lui. Ils étaient tous les deux impeccables à ceci près que Dorian remarqua une tache de sang sur le poignet gauche de Gabriel. Il soupira, pauvres animaux…
Ils s’assirent en face de lui et sirotèrent leur thé vert. Le docteur Alètheia arriva et regarda sévèrement Dorian. Ce dernier déglutit. Le docteur dit d’une voix aussi froide que son cœur :
« Votre note sur mon dossier… Comment avez-vous osé ? »
Dorian cacha un tremblement mais le docteur, fine comportementaliste, le vit. Les deux frères le regardaient, choqués.
Dorian se leva afin de montrer au docteur qu’il ne la craignait pas et la domina de sa haute taille :
« J’ai fait ce que le haut-commandement m’a dit de faire.
- Et que vous a-t-il dit ?
- De noter tout comportement déviant. »
Il entendit que les frères pouffaient. Il leva les yeux au ciel. Le docteur Alètheia surprit leur manège et croisa les bras, impatiente :
« Et je suppose que vous comptez tout noter…
- Absolument tout. Tout pour la vérité. »
Lorsqu’il dit cela, le docteur se détendit. Un peu. Elle continua d’une voix toujours aussi monotone :
« Donc vous voulez ruiner nos carrières parce que nous sommes… »
Elle cherchait le mot. Les frères se levèrent dans un bel ensemble et Raphaël, mimant des guillemets avec ses doigts fins, articula lentement :
« Différents. »
Dorian déglutit. Il se sentait pris au piège. La tensions monta d’un cran. Puis, d’un seul coup, le dos du docteur Alètheia s’affaissa et elle s’assit, de la fatigue transparaissait sur son visage :
« Nous sommes des monstres. Je le sais. Mais nous faisons tout pour la vérité. »
Dorian, encore tremblant et pensant à sa fille qu’il ne reverrait peut-être plus jamais, demanda, la voix chevrotante :
« V-Vous… Vous allez pas me tuer ?
- Vous tuer ? »
Le docteur fut pris d’un rire nerveux. Elle se tourna vers lui, les yeux toujours aussi inexpressifs (mais avaient-ils déjà exprimés une émotion?) :
« Je. Ne. Tue. Pas. »
Gabriel s’avança :
« Moi je tue par contre !
- La ferme Gab’, ordonna son frère. »
Gabriel avait la mentalité d’un gamin de dix ans. Un gamin de dix ans surdoué. Le docteur lança un regard réprobateur vers Gabriel puis reporta son attention sur Dorian :
« Nous sommes des monstres… »
Elle se leva et se dirigea vers lui :
« … Et c’est pour ça que nous avons besoin de vous. Vous êtes la seule part d’humanité pour nous quatre. La cellule ne tiendra pas si vous n’êtes pas là. »
Elle dit cela avec sa froideur habituelle, pourtant, était-ce son imagination ou Dorian pouvait-il entendre un peu d’affection dans sa voix ?
« Vous êtes inutile dans la recherche de la vérité. Nous trois savons nous débrouiller seuls. Malheureusement, vous êtes utile dans notre conduite avec les autres, utile pour… nous faire accepter des autres. »
Dorian regarda tour à tour le docteur, Raphaël et Gabriel puis reporta son attention vers le docteur, n’en croyant pas ses oreilles. Le docteur se rapprocha de lui et posa ses mains sur les épaules de Dorian. Elle lui dit doucement :
« Nous sommes une famille. Nous devons nous soutenir. »
Puis elle s’en alla, vite suivie de Raphaël. Gabriel regarda un temps Dorian, l’air pensif puis sourit :
« Fais attention à la méchante madame. »
Il rit puis s’en alla.
Dorian ne comprit pas le sens de sa phrase.

Il regarda le dossier du Dr. Alètheia :
Je soupçonne le docteur Alètheia, au vu de ses compétences d’analyse comportementale, d’automatiquement utiliser la manière forte alors que la méthode douce fonctionnait. C’est comme si elle savait déjà le secret mais qu’elle avait envie de voir la personne souffrir. -Dr. Henry

Que faire ?
« Nous sommes une famille. Nous devons nous soutenir. »
Et merde…
Il supprima la phrase et renvoya le dossier dans la base de données.

Gabriel et Raphaël regardaient Sophie tandis que cette dernière observait Dorian dans l’embrasure de la porte. Gabriel se tourna vers son frère :
« Pourtant, ça se voyait qu’elle mentait ! N’importe quel imbécile aurait su ça. »
Le problème, c’était que Gabriel, malgré son âge mental qui dépassait difficilement le stade des dix ans, était un détecteur de mensonge sur pattes et que Dorian n’était pas le plus doué des comportementalistes.
Le docteur Alètheia fit un sourire froid dans le dos de Dorian.

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